Elles ont un but d’authenticité, afin de réunir les conditions nécessaires à une pratique dans l’esprit traditionnel du Budo, et d’éducation, en permettant aux pratiquants de s’imprégner, par l’observation de ces codes, d’une bonne conduite à l’égard des autres pratiquants et du lieu de pratique. Chaque point de l’étiquette a donc un rôle éducatif précis, que tout pratiquant est invité à respecter lorsqu’il rentre dans un dojo. Les règles sont d’ailleurs pratiquement les mêmes pour tous les autres arts traditionnels japonais.

La tenue d’aïkido

Le hakama est un vêtement très ancien dans la culture traditionnelle du Japon. On en trouve des allusions dans le Kojiki et le Nihon Shoki, deux livres shintoïstes qui remontent à une époque lointaine. Le hakama a évolué et pris plusieurs formes au cours du temps.

Ainsi, le hakama actuel dérive :

  • du nagabakama, qui tombait en traîne sur les pieds d’environ trente centimètres,
  • du hirabakama, qui descendait à la cheville, sans cordon d’attache sur le cou du pied,
  • du machidakabakama, utilisé pour l’équitation, et qui possédait une élargissure à l’entrejambe.

En général, le hakama est teint en noir ou dans une couleur foncée. Symboliquement, il représente avec le gi (le haut), très souvent de couleur blanche, l’union des contraires (in et yo) du Taiji. Le principe négatif ou In (Yin en chinois) est matérialisé par le gi blanc : le haut du corps doit en effet être complètement décontracté lors de la pratique afin de laisser le ki s’écouler librement. Le principe positif ou Yo (Yang) est symbolisé par le hakama noir : l’aïkidoka doit avoir une posture stable et solide, être ancré dans le sol.

Ainsi, les deux polarités s’unissent au niveau du hara, c’est-à-dire au niveau de la ceinture. En effet, le hara est le centre de tout mouvement, qui est le fruit d’une harmonisation correcte entre ces deux principes. Les plis du hakama ont également une portée symbolique. A l’avant, on peut en remarquer cinq, et un à l’arrière. Les cinq plis de l’avant représenteraient la compassion, la fidélité, la courtoisie, l’harmonie entre individus, et la confiance. Quant au pli arrière, il fait allusion à la sincérité. Ce sont autant de règles que le pratiquant devrait se remémorer à chaque fois qu’il enfile ou replie son hakama.

La salle d’entraînement

La salle d’entraînement est appelée dojo. Ce nom est d’origine bouddhiste, il se rapporte au lieu dans lequel les moines pratiquent la méditation assise (zazen).

Dans un dojo, on trouve généralement :

  • un vestiaire avec armoires et douches
  • le tatami, qui occupe la plus grande place de la salle principale
  • un tableau (nafuda kake) utilisé par le professeur
  • une allée munie de sièges, pour les observateurs

Le tatami est une zone carrée ou rectangulaire placée au milieu de la salle principale. Il est formé d’un support de planches en bois ou en béton, sur lequel sont installés des nattes mesurant environ 0,90 m x 1,80 m x 0,07 m. Au Japon, ces nattes peuvent être couvertes d’un rembourrage en paille de riz (toko), en chiendent ou peuvent aussi être des paillassons (i-omote). Dans tous les cas, elles sont constituées de façon à offrir une bonne élasticité pour les chutes ainsi qu’une certaine tonicité pour les déplacements rapides de l’aïkido.

Chaque côté du tapis a un nom et une fonction précis:

  • La place d’honneur, ou kamiza (joza), est réservé aux instructeurs, aux invités d’honneur et aux officiels du dojo lors de rencontres spéciales.

C’est également sur la façade qui correspond à ce côté (gaku) que l’on peut apercevoir le portrait du Fondateur, et parfois une calligraphie désignant une notion importante pour l’instructeur. Au Japon, ce côté est reconnaissable à sa décoration d’emblèmes caractéristiques (tambours, sabres ou autres).

  • La place basse, ou shimoza, est l’endroit où s’alignent les élèves, en règle générale. Ils font face au professeur.
  • Le côté d’honneur, ou joseki, se situe à droite des élèves lorsqu’ils sont assis. C’est là que s’installent parfois les élèves de niveau avancé, où même les instructeurs, lorsque le kamiza est occupé par une personnalité importante.
  • Le côté bas, ou shimozeki, est la zone utilisée par les élèves qui font face à leurs instructeurs sur le joseki.

Les saluts

Les saluts sont la marque la plus courante des pratiques traditionnelles japonaises.

  • Ritsurei correspond au salut en station debout.

Il consiste en une inclinaison du buste d’environ trente degrés par rapport à la verticale, les bras le long du corps et les talons joints. Il ne faut jamais se baisser suffisamment bas pour qu’une personne en face de vous puisse voir votre nuque. Non seulement ce geste est une ouverture et donc une invitation à l’attaque, mais il est en plus considéré comme une marque d’impolitesse.

  • Zarei correspond au salut assis. Il se fait en position seiza.

Une personne en seiza est assise sur ses talons, les jambes repliées sous ses fesses, les orteils en position naturelle, et le dos droit. La distance entre les deux genoux doit être environ de la largeur de deux poings. Les mains sont placées sur les genoux. Le salut consiste à poser la paume de la main gauche à environ 15 cm devant le genou gauche, puis la main droite à 15 cm devant le genou droit, tout en inclinant le buste entier de façon que le front se dirige vers les mains (mais le buste doit conserver une inclinaison de trente degrés). Comme pour le ritsurei, il faut éviter de découvrir sa nuque, et toujours garder un oeil sur l’ennemi potentiel qui vous rend votre salut. Il faut ensuite retirer sa main droite, puis sa main gauche, et retrouver la position en seiza.

Etiquette et règles de pratique

L’étiquette, l’ensemble de règles qui régissent la pratique de l’aïkido en dojo, peut varier d’un dojo à l’autre, mais l’esprit reste fondamentalement le même.

Réduites au minimum, voici les règles que l’on peut lire au Hombu Dojo de Tokyo :

1. En aïkido, il suffit d’une frappe pour tuer l’adversaire. Lors de l’entraînement, suivez scrupuleusement l’enseignement de votre professeur et ne perdez pas de temps à vous mesurer pour savoir qui est le plus fort.

2. L’aïkido est un art qui enseigne comment faire face à plusieurs ennemis simultanément. Vous devez donc parfaire l’exécution de chaque mouvement jusqu’à ce que vous soyez capable de prendre l’adversaire qui est en face et ceux qui viennent dans toutes les directions.

3. L’entraînement doit toujours se dérouler dans une atmosphère agréable et conviviale.

4. le professeur ne vous enseigne qu’une partie limitée de ce que vous allez apprendre. Votre maîtrise des mouvements dépendra presque entièrement de votre pratique personnelle qui devra être rigoureuse et honnête.

5. Dans la pratique quotidienne, il faut commencer par échauffer le corps avant de travailler progressivement en force et en intensité. Il ne faut jamais dépasser ses limites. Si vous suivez cette règle, même les plus âgés ne se blesseront pas et pourront continuer à s’entraîner avec plaisir afin d’atteindre le but qu’ils se sont fixé.

6. L’aïkido a pour objet l’entraînement de l’esprit et du corps pour que l’homme devienne sincère et honnête. L’aïkido est un art secret par nature, les techniques ne doivent pas être révélées publiquement ni enseignées au hasard, elles risqueraient d’être utilisées par des individus peu scrupuleux.

En général, les règles pratiques qui sont appliquées sur le tapis sont les suivantes :

1. En montant sur le tapis et en le quittant, vous devez saluer vers le kamiza, en direction du shomen et du portrait du Fondateur.

2. Respectez vos instruments de travail. La tenue d’entraînement doit être propre et en bon état, les armes rangées lorsqu’elles ne sont pas utilisées.

3. Ne vous servez jamais d’une tenue ou d’armes qui ne vous appartiennent pas.

4. Le cours commence et se termine par une cérémonie formelle. Il est essentiel d’arriver à l’heure pour y participer, mais si vous arrivez en retard, vous devez attendre assis à côté du tapis jusqu’à ce que le professeur vous fasse un salut d’invitation. Saluez-le à genoux en montant sur le tapis.

5. La façon correcte de s’asseoir sur le tapis est la posture en seiza. Mais si vous êtes dans l’impossibilité de vous mettre en seiza, vous pouvez vous asseoir en tailleur, tout en veillant à être disponible à chaque instant, dans n’importe quelle position.

6. Ne quittez pas le tapis pendant le cours, sauf en cas de malaise ou de blessure.

7. Quand le professeur montre une technique, vous devez rester assis en seiza et regarder attentivement. Après la démonstration, saluez le maître, puis saluez un partenaire et commencez à travailler.

8. Dès que la fin de l’exercice est annoncée, finissez tout de suite votre mouvement, saluez votre partenaire et rasseyez-vous en ligne, en seiza, avec les autres pratiquants.

9. Ne restez jamais debout sur le tapis sans travailler. S’il le faut, restez en seiza en attendant votre tour.

10. Si vous voulez poser une question à votre professeur, ne l’appelez jamais ; mais dirigez-vous vers lui pour lui parler après l’avoir salué debout.

11. Quand le professeur vous montre un mouvement en particulier pendant le cours, mettez-vous en seiza, et saluez lorsqu’il a terminé.

12. Respectez les ratiquants les plus gradés. Ne discutez jamais à propos de technique, même s’ils sont dans l’erreur.

13. Si vous travaillez avec quelqu’un qui ne connaît pas le mouvement, vous pouvez le guider. Mais n’essayez jamais de corriger son mouvement si vous n’avez pas votre 1er Dan (ceinture noire).

14. Evitez de discuter sur le tapis.

15. Le tapis doit être nettoyé avant et après le cours ; le dojo doit être bien tenu. Tous les pratiquants doivent se sentir concernés par le nettoyage.

16. Il est interdit de manger, boire, fumer dans un dojo.

17. Le port de bijoux ou de montres est dangereux pendant l’entraînement, et donc déconseillé.

Si vous êtes entrés dans le dojo en vue d’assister à un cours, vous êtes tenu de respecter ces quelques règles:

1. Prenez place avec respect, n’adoptez pas une pose irrévérencieuse, que vous soyez assis ou debout.

2. Il est interdit de manger ou de boire pendant un cours.

3. Ne parlez pas aux pratiquants se trouvant sur le tapis, et n’y montez jamais sans autorisation.

4. Evitez de vous promener ou de déconcentrer les pratiquants lorsque le professeur montre ou corrige un mouvement.

Les règles d’étiquettes d’un dojo sont nombreuses et assez complexes, d’autant qu’elles peuvent varier selon les professeurs. Cependant, leur bonne observation finit par s’acquérir sans problème avec la pratique.

Il ne faut pas se vexer lorsque l’on est corrigé sur un détail, et garder un esprit ouvert à la tradition japonaise, de rigueur dans un dojo.