On ne le pratique habituellement plus de nos jours du fait de la complexité, il faut en effet coordonner les mouvements et la parole, ce qui ne peut se concevoir qu'avec une très bonne maîtrise des techniques.

Dans la tradition japonaise, les dieux (kami) inspirent l'esprit des hommes par des mots, et en prononçant ces mots inspirés par les kami, on fait se concrétiser les concepts ; c'est le kototama ou kotodama, que l'on pourrait traduire par "mots-âmes" ou "paroles sacrées". Ce concept se rapproche des mantra bouddhiques. En fait, les cinquante "sons" (syllabes) utilisés en japonais sont considérés comme étant chacun un kami.

Voici ce qu'en dit Morihei Ueshiba lui-même :

« Dans le bujutsu (techniques guerrières) il y a les cris : ei-ya-to-ha etc. Ce ne sont pas seulement ces quatre cris ; il y a autant de cris que de mots que les Japonais peuvent sortir. L'important est qu'avec la respiration du ciel et de la terre, la voix, le coeur (kokoro) et le rythme s'unifient ; cela devient le kotodama ; ce dernier devient une arme qui sort et de plus cela doit s'unifier avec le corps. ... On coupe avec le son ei, on reçoit avec le son ya, on s'écarte avec le son do. »

On notera l'évocation de "la respiration du ciel et de la Terre" (ten chi kokyu), récurrente dans les écrits de Ueshiba. Cela peut se comprendre par : unir la volonté (l'esprit, le "ciel") au ventre (le centre de l'énergie, "la Terre"). D'un point de vue pratique, cela peut se ramener à un contrôle de la respiration, qui permet de ne pas s'essouffler, d'économiser son énergie, et d'avoir une meilleure efficacité des mouvements. Cette synchronisation entre le mouvement et le souffle se cultive notamment dans les exercices respiratoires, de circulation du ki.

O Sensei disait encore, à propos de kototama :

« Tous les actes de l'homme révèlent le travail subtil du kototama. C'est l'écho des sons qui vous conduiront à une compréhension quand vous vous examinerez en vérité. L'aïkido, plus spécialement, est né à travers l'écho du son. »

et encore :

« Laissez les kototama s'infiltrer à l'intérieur de vous, mettre le feu à votre sang jusqu'à ce que tout votre corps se fige en un kototama. Imaginez que vous vous arrondissiez pour former un grand cercle, prononcez le kototama, et laissez-vous pénétrer de la sensation de l'univers à l'intérieur de votre propre corps. Cette pratique est source de lumière (la sagesse), de chaleur (la compassion) et d'énergie (la force véritable). »