Nous voyons donc que la qualification du Ki définit la dimension de l’Aikido. On retrouve les trois méthodes et enseignements de l’Aikido :

  • Le Ki universel, énergie initiale créatrice de toutes choses, dans les méthodes religieuses, divinisée et quelquefois personnalisée comme la volonté d’un Dieu. (Dimension verticale).
  • Le Ki universel, énergie initiale créatrice considérée comme une énergie physique dans les méthodes d’enseignement pragmatiques ouvertes à la spiritualité. (Dimension verticale).
  • Le Ki de l’homme à dimension horizontale qui ouvre le champ à l’harmonisation et la santé. Il s’apparente plus à ce niveau au Chi chinois et à ses circuits énergétiques dans le corps humain. Il convient aux méthodes d’enseignement qui considère le travail à effectuer uniquement par rapport à soi et aux autres personnes (Dimension horizontale).

Aikido peut donc se traduire par « Voie de l’harmonisation avec le Ki universel » mais aussi plus restrictivement « Voie de l’harmonisation avec le Ki ».

Pour cette raison, nous continuerons à employer ce terme de Ki, qui pour nous occidentaux ne veut rien dire, donc peut tout signifier. On évite ainsi cette connotation quantitative du mot énergie, en laissant cours aux interprétations divines, physiques ou humaines. C’est donc un excellent outil pédagogique à utiliser aux trois niveaux sans les valoriser ni les opposer puisque c’est lui-même qui les engendre.

Pratiquement qu’est ce que le Ki ?

  • Faites tourner votre bras pour décrire un cercle.
  • Enlever toute contraction musculaire, toute volonté, alors votre bras trouve son axe naturel.
  • Il trouve ensuite son rythme. Les muscles au lieu de perturber le mouvement, servent d’amortisseurs et le mouvement est ralenti dans sa montée, accéléré dans la descente.
  • A ce stade, le Ki s’exprime au bout de vos doigts.

Le Ki n’est ni une force centrifuge, ni centripète, c’est l’énergie autonome qui génère le mouvement, sa cinétique. N’étant pas une force, il ne procure aucune sensation.

Si quelqu’un stoppe votre bras, le Ki se matérialise et fait naître une force puissante.

Le principe fondamental de la pratique de l’Aikido consiste à ne jamais stopper le Ki pour éviter de matérialiser cette force, en soi ou chez le partenaire.

Ce Ki est affaire de mouvement. Il est important de comprendre que le mouvement ne concerne pas seulement la partie visible : le corps, mais également l’Esprit. C’est l’exercice du bras impliable.

  • Reprenez les mêmes principes que précédemment, tendez simplement votre bras, et votre partenaire essaie de la plier.

Cet exercice n’est pas destiné à montrer ni la puissance, ni la magie du Ki. A l’étude scientifique de la contraction musculaire développée par votre partenaire pour vous plier le bras, on remarque :

  • Si votre bras est contracté, sans Ki, le partenaire le plie facilement parce qu’il peut développer toute sa puissance musculaire.
  • Si votre bras est empli de Ki, la force musculaire de votre partenaire ne peut s’exprimer que partiellement. Plus vous envoyez de Ki, moins la force de votre partenaire peut s’exprimer. Votre bras est impliable.

La pratique et l’exercice du Ki ne transgressent donc absolument pas les lois physiques.

La puissance vitale générée par le Ki est proportionnelle à sa quantité circulante. Sa qualité, quant à elle détermine le type d’échange avec l’environnement, de communication. Le Ki peut donc s’exprimer de façon positive ou négative, et il contient dans son essence originale, ces deux fonctions. A même quantité, la qualité fait que dans un cas l’effet est constructif, dans l’autre destructeur. Cela s’applique à soi même et à son action sur les autres. C’est la force vitale qui donne vie et qui fait vivre.

La force physique, c’est à dire la contraction musculaire, naît de la rupture d’écoulement du Ki à un endroit du corps. Un corps ou un membre contracté ne laisse plus le Ki circuler. Cette faculté nous est utile dans la vie de tous les jours, pour se mouvoir et produire des actions. Le Ki dans ce cas se concentre à l’endroit de la contraction, comme si l’on faisait un noeud dans un tuyau d’arrosage. Le pouvoir vital (proportionnel à la circulation du Ki) s’en trouve affecté si cette contraction est de trop longue durée. Ce type d’action, fait naître une sensation, bien souvent sécurisante pour l’aikidoka qui ressent son action comme véritable, forte et efficace. Cette attitude normale est nécessaire au début de l’apprentissage, si elle perdure, va à l’encontre d’une pratique basée sur la circulation énergétique, et le respect de son principe de mouvement.

La Force est la matérialisation du Ki, l’arrêt de son écoulement.

L’Esprit est énergie, et véhicule le Ki universel. L’ego, qui recherche constamment la sensation de puissance et de différentiation, aime la contraction musculaire. Il renforce sa soif de puissance et d’efficacité, par la sensation de dominer et de maîtriser. C’est une entrave à la circulation du Ki qui se fait de façon inconsciente. Rendre son esprit clair comme du cristal pour qu’il laisse libre cours au Ki, c’est intervenir sur le subconscient. C’est une refonte de l’individu. Afin que le Ki y circule abondamment, il est nécessaire qu’il soit calme, dénué des fausses interprétations de son ego, et du flot incessant de ses pensées.

Chaque blocage psychique est une entrave pour la circulation du Ki au même titre qu’une articulation raide.

Pour que le corps laisse circuler le Ki, il faut qu’il respecte son principe fondamental naturel qui est la pesanteur. En d’autres termes, le Ki circule dans un corps relaxe, où chacune de ses parties tombe selon son propre poids. Le Ki est véhiculé par l’Esprit, et donne ainsi consistance au corps. En fait il meut le corps. Une personne véhiculant beaucoup de Ki à un corps dynamique et souple. Une personne véhiculant un Ki négatif, a le visage significatif du névrotique destructeur. La pensée, la volonté, la peur, la prétention, la dépression, l’arrogance, la violence meuvent le corps dans un sens déterminé. Le terme mouvoir, ne signifie pas forcément qu’il y ait mouvement. Le corps au repos prend une forme en relation directe avec la qualité de son esprit. (Typologie)

De la façon de travailler le Ki découle la santé. On pourrait comparer l’homme à une batterie de 12 Volts. Si on la charge à outrance en espérant stocker le plus d’énergie possible, elle ne fera toujours que 12 Volts, sans servir bien à grand chose et d’ailleurs en se dégradant. Si au contraire on utilise le courant fournit conjointement à sa charge, comme cela se passe dans un véhicule son utilité et sa durée de vie, sa santé sera maximum. Le principe du Ki est le mouvement. Nul ne peut stocker de l’énergie efficacement puisque sa vie, sa quantité est issue du mouvement. La santé de l’homme est comparable à cette batterie. Elle est proportionnelle à la quantité de Ki circulant. La mort étant non pas l’absence de Ki, mais l’arrêt de sa circulation. La maladie n’en est qu’un affaiblissement.