Globalement, ces formes de travail constituent une progression de mise en conformité du pratiquant pour le travail de l’Aikido qui est fondamentalement tachi waza, comme dans la vie quotidienne.

  • Aikitaiso. La première des choses à faire est de se mettre en conformité avec soi même. Cette démarche est l’objectif des Aikitaiso. Le pratiquant étant uni (Esprit – Corps) peut aborder le travail proprement dit.
  • Suwari waza. Sans vouloir démystifier la pratique de l’Aikido, il est nécessaire de comprendre que l’on travaille Suwari Waza sur nos tapis, non parce que les Samurais se déplaçaient de la sorte (Ce qui ne se fait jamais aujourd’hui dans notre société) mais parce ce type de travail possède des objectifs cohérents et indispensables à l’apprentissage de l’Aikido. Outre le fait qu’il renforce le bas du corps, il oblige le pratiquant à trouver son centre en relaxant cette partie inférieure. Pas de tricherie possible, ni de rattrapage de jambes. Si l’on ne bouge pas par le centre, on reste cloué sur place ou presque.

Au niveau de l’esprit, le travail pratiqué est le même que dans toutes les formes de travail Aikido : Atémi. (Envoyer du Ki). Bouger par le centre dans le sens d’Atémi s’appelle Irimi. L’objectif de Suwari Waza est d’actualiser sans cesse IRIMI. L’exercice majeur est représenté par Kokyu Ho qui consiste à être Atémi Irimi, par le centre puisqu’il n’y a pratiquement aucun déplacement. C’est l’expression pure du point central de l’homme contenant son esprit (Unification). Maître Tohei disait : « Après avoir compris et réalisé l’unification de l’Esprit et du Corps, personne ne réussissait à me renverser en Kokyu Ho, sauf Ô Senseï ».

  • Hammi han tachi. Au niveau du corps, il semble destiné à relaxer la partie supérieure, inopérante face au centre de Uke toujours plus haut que celui de Tori.

Au niveau de l’esprit, Atémi est une constante. L’union de ces deux données fait de Hammi han un exercice accompagnant. L’objectif de Hammi han tachi est d’actualiser TENKAN. Toute action horizontale dans hammi han se transforme en action verticale vers le bas. Toute action horizontale dans Suwari se transforme en action verticale vers le haut. Ce n’est pas un hasard si Suwari Waza précède Hammi han. Ceci pour deux raisons :

- Au niveau du corps, il faut d’abord établir de bonnes bases inférieures avant d’y laisser reposer de façon relaxe la partie supérieure (Religieux : avoir de bonnes fondations, Pragmatique : comme on pose un verre sur une table).

- Au niveau de l’Esprit, la compréhension de Tenkan passe d’abord par la compréhension d’Irimi.

Si l’Aikido permet le travail Irimi et Tenkan, seule la compréhension d’Irimi génère Tenkan. En d’autres termes, pratiquer toujours Tenkan ou toujours en absorption ou encore toujours en Ura, est un travail sans relation avec l’Aikido définit comme Art Martial. Cette conception de travail ne reflète qu’une partie de notre vie quotidienne, ce n’est donc ni réaliste, ni applicable en permanence, puisque ne donnant qu’une partie des réponses aux situations possibles.

Ces deux formes de travail doivent être utilisées pédagogiquement :

- Le pratiquant qui se déplace à grands mouvements, perdant continuellement la notion d’Atémi, donc de Maai, en utilisant trop ses jambes gagnera à travailler plus que d’autres en Suwari Waza.

- Tel autre qui, épaules levées, essaye de « résoudre » ses techniques par ses bras rehaussés gagnera à travailler hammi han. Il devra accepter l’autre par Tenkan, sans vouloir indéfiniment le dominer. Ces types de travaux ainsi utilisés de façon différenciée, permettent de mettre le pratiquant en échec, face à ses réels problèmes de forme et de fond dans sa pratique.

  • Tachi Waza. Il est alors évident que Tachi Waza est un travail autorisant la synthèse, l’évaluation, des objectifs des deux travaux précédents.
  • Les travaux secondaires. Ils sont représentés par les Armes, la Respiration, la Méditation.

Il est important de souligner, qu’à l’heure actuelle, ces travaux secondaires (objectifs secondaires) se résument essentiellement aux Armes. L’objectif secondaire est un travail dont on peut se saisir pour mieux comprendre et appréhender l’objectif principal. Il nous semble pédagogiquement sclérosant et discriminatif de se plonger (et de plonger tous ses élèves) dans un travail de l’Aikido essentiellement par les armes. C’est méconnaître la structure pédagogique de l’Aikido, et c’est sans nul doute un moyen sûr de confondre et de faire confondre l’outil (qui sert à comprendre) et le But à atteindre (La Finalité).

"Il est essentiel de réintroduire dans notre enseignement la Respiration et la Méditation dans l’intérêt de nos élèves."

Deux raisons à cela :

1 - Le seul travail des armes exitent l’ego, la différenciation, le narcissisme.

2 - Ces trois objectifs secondaires sont interdépendants et donnent une compréhension complète et parallèle de l’Aikido :

- Atémi – Irimi (Armes).

- Relaxation, remise en place de l’ego et verticalité (Respiration).

- Extension énergétique (Méditation : expansion - contraction).

Un pratiquant demandait un jour à Maître Tamura le rapport entre l’Aikido et le Zen. Après quelques secondes de réflexion, il répondit « Aucun ». Il y a autant de relation entre le Zen et l’Aikido qu’entre le Iai et l’Aikido ou encore entre les écoles de respiration et l’Aikido.

Les Armes, la Respiration, la Méditation sont des Arts à part entière, dans lesquels il faut pour les appréhender et les maîtriser, y investir toute sa vie.

L’Aikido n’utilise ponctuellement qu’une infime partie de ces voies comme outil de compréhension de sa propre finalité.