Le travail en tension est efficace dans certains domaines tels que la course de vitesse, l'haltérophilie et de nombreux autres sports. En combat il ne fonctionne que face à des personnes plus faibles physiquement et/ou techniquement. Ce n'est pas grave pour des sportifs dont la défaite ne signifie pas la mort. En revanche on comprend que les adeptes du passé ou quelqu'un comme l'expert de Systema et vétéran des Spetsnaz Vladimir Vassiliev qui a connu les champs de bataille, l'aient depuis longtemps abandonné. La tension naît de la peur. Elle provoque non seulement une contraction de nombreux muscles inutiles, mais aussi de nombreuses fibres inutiles dans les muscles dont nous avons besoin. Notre corps et notre esprit sont liés. Il existe un aller/retour permanent entre eux et tout changement d'état chez l'un a une conséquence immédiate sur l'autre. Imaginons que quelque chose nous effraie soudainement. C'est une réaction de l'esprit qui se traduit instantanément par une réaction du corps. Généralement une tension de tout le corps dans un geste de protection ou de repoussement, au pire de paralysie. La respiration s'accélère et devient saccadée. On s'essouffle très rapidement, on a les jambes qui tremblent et on n'arrive plus à réfléchir correctement. On tombe très vite dans un cycle infernal où la peur entretient la peur. Dans les méthodes de self-défense modernes qui ont pour but de donner à un quidam quelques moyens de réponse dans un temps limité il vaut probablement mieux ne pas chercher la complication et utiliser les réponses habituelles du corps quitte à n'aboutir qu'à une efficacité "limitée". Mais une efficacité limitée n'est pas suffisante pour celui qui met régulièrement sa vie en jeu. C'est pourquoi les bujutsu amenaient le pratiquant à modifier les réactions de peur instinctives qui sont contreproductives face à un adversaire expérimenté. Il faut apprivoiser la peur afin de conserver le corps relâché. Mais la raison essentielle pour laquelle je pense que le travail de relâchement est important est que c'est celui qui modifie profondément notre esprit. De même que la peur créée la tension, le relâchement amène le calme et la sérénité. Nous vivons dans un monde où les agressions sont moins physiques mais ne sont pas pour autant moins nombreuses. Apprendre à se relâcher sur le tatami amènera un changement profond dans le comportement même du pratiquant, dans sa façon de faire face au stress au quotidien. C'est probablement là le plus grand bénéfice de la pratique. Le relâchement est le secret de l'efficacité martiale. C'est ce qui permet aux maîtres âgés de se défaire avec aisance de jeunes adversaires vigoureux. C'est l'enseignement du Tao Te King, "le faible vainc le fort, le souple vainc le dur". Toute technique reposant sur des angles et des leviers est un travail de recherche d'efficacité relative. La véritable technique martiale est une recherche d'absolue. Bien sûr ce sont des grands mots et de belles théories. Mais il y a un enseignement concret derrière.

Les disciplines naissent en accord avec les besoins et l'esprit de l'époque dans laquelle elles sont créées. Aujourd'hui les adversaires que l'on pourra rencontrer dans une vie n'auront probablement qu'un savoir martial très limité. Les méthodes modernes de self-défense sont donc suffisantes et donnent des résultats satisfaisants dans un temps limité. Un bushi du 16ème siècle n'avait quasiment aucune chance de terminer sa vie sans affronter un autre guerrier et participer à plusieurs batailles. La présence de la mort comme éventualité était donc présente en permanence dans son esprit. Même si l'on suppose qu'il avait dépassé la peur de la mort, il lui restait le désir de servir son seigneur et d'amener la gloire sur le nom de ses ancêtres. Son investissement dans un art extrêmement sophistiqué était donc une évidence.