Les méthodes martiales traditionnelles japonaises sont basées sur une utilisation du corps qui est fondamentalement différente de celle d'aujourd'hui. Comme l'explique Kono senseï, les japonais d'antan avaient une marche homolatérale. C'est-à-dire qu'ils avançaient la jambe et le bras du même côté simultanément et que leur colonne vertébrale ne vrillait pas par rapport au bassin. Par ailleurs ils marchaient sur l'avant du pied, le talon étant sorti de leurs zoori ou setta. Aujourd'hui tout le monde, même au Japon, marche de façon controlatérale en attaquant le sol avec le talon. Les résultats ne peuvent évidemment être les mêmes s'ils sont basés sur des fondements radicalement différents.

Il n'est pas nécessaire de singer les samouraïs pour pratiquer les arts martiaux. Mais effectivement, marcher sans vriller la colonne, même en gardant simplement le torse de face, peut amener de nombreux changements au niveau de la pratique. De même que ne pas frapper le sol avec le talon, à défaut de marcher sur l'avant du pied. La marche est l'activité physique fondamentale de l'homme. Sa maîtrise est le premier pas vers la modification de l'utilisation de votre corps. On dit d'ailleurs que l'homme a acquis son humanité lorsqu'il a adopté la position debout. Chacun, même le plus occupé d'entre nous, marche quotidiennement. Il ne tient qu'à chacun de transformer ce temps passé notamment à se rendre à son lieu de travail en pratique martiale. D'abord par le travail sur la forme, ensuite sur la sensation. Les qualités telles que centrage, disponibilité, relâchement peuvent être développées très efficacement.

Aujourd'hui les gens pensent savoir marcher parce qu'ils arrivent à aller d'un point A à un point B. Cela revient à dire que l'on sait faire de la musique parce que l'on arrive à faire du bruit en appuyant sur les touches d'un piano.